IA souveraine et protection des données

IA et protection des données : six décisions avant de déployer

En bref

Les recommandations de la CNIL de juillet 2024 se traduisent en six décisions, à prendre avant tout outil : le besoin, les données que l’outil peut recevoir, l’endroit où il tourne, la vérification de ses réponses, la formation et le pilotage. Un agent qui agit ajoute trois sujets : ses droits d’accès, sa mémoire et la validation humaine des actions critiques.

Les six décisions, dans l’ordre

Le 18 juillet 2024, la CNIL a publié six recommandations pour déployer une IA générative, accompagnées d’un questions-réponses. Elles s’adressent aux organismes qui déploient ou utilisent ces outils, pas à ceux qui les conçoivent. Les voici reformulées en décisions, dans l’ordre où elles se prennent : chacune prépare la suivante. La CNIL les énonce dans un ordre un peu différent, où les limites des outils viennent en troisième.

  1. Pour quel besoin, et avec quelles données ?Un usage précis d’abord. La liste des données qu’il exige en découle, et rien de plus.
  2. Quelles données vos équipes peuvent-elles confier à l’outil ?Une liste d’usages autorisés et interdits, écrite dans une charte avant le premier compte ouvert.
  3. Où faire tourner l’IA ?Service grand public, cloud sous contrat, API ou vos serveurs : la sensibilité des données tranche.
  4. Qui vérifie ce que l’IA produit ?Une personne, avant tout usage qui engage l’entreprise : une réponse fausse peut paraître plausible.
  5. Qui former, et à quoi ?Chaque utilisateur, aux usages interdits et aux limites de l’outil. L’AI Act le demande depuis février 2025.
  6. Qui pilote, et comment le prouver ?Un référent, le DPO s’il existe, une analyse d’impact quand le risque est élevé, des contrôles réguliers.

Le besoin, puis les données que l’outil peut recevoir

La CNIL demande de ne pas déployer un outil d’IA générative « sans but précis », mais pour des usages déjà identifiés. Ce point de départ conditionne la suite : le RGPD exige des données limitées à ce qui est nécessaire à la finalité (article 5). Un usage flou ne permet ni de lister les données utiles, ni de choisir l’outil.

Vient ensuite la liste des usages autorisés et interdits, que la CNIL recommande d’écrire dans une politique ou une charte interne. Pour un service grand public, ses questions-réponses en donnent les règles de base.

Service d’IA grand public : règles tirées des questions-réponses de la CNIL du 18 juillet 2024.
ThèmeAutoriséÀ proscrire
ComptesDes adresses électroniques professionnelles dédiées Des comptes ouverts avec des adresses personnelles
RéglagesDésactiver la réutilisation de vos échanges par le fournisseur, quand l’option existe Ouvrir l’outil sans vérifier ce réglage
DonnéesDes contenus non confidentiels Données personnelles, secrets d’affaires, informations confidentielles
SortiesRelire, vérifier, reformuler Reprendre une réponse telle quelle
DécisionsPréparer un brouillon, un résumé, une traduction Confier une décision à l’outil

Cette liste dépend du mode de déploiement. Quand le fournisseur peut réutiliser les données selon ses conditions générales, la CNIL demande une analyse au cas par cas : interdire toute donnée personnelle, ou seulement certaines catégories. Sur vos serveurs, où aucune réutilisation par le fournisseur n’est possible, ces interdictions ne sont plus nécessaires.

Où faire tourner l’IA : la décision de souveraineté

Le questions-réponses de la CNIL distingue quatre modes de déploiement, et précise que le choix « dépend du cas d’usage et des données utilisées en entrée ».

Modes de déploiement selon les questions-réponses de la CNIL du 18 juillet 2024 (question 5), synthèse Agentic Conseil.
ModePour quelles donnéesCondition posée par la CNIL
Service grand publicUsages non confidentielsComptes à adresse professionnelle dédiée, réutilisation des données d’usage désactivée.
Cloud chez un prestataireDonnées personnelles possibles, si le contrat les encadreContrat de sous-traitance avec l’hébergeur, et avec le fournisseur d’IA le cas échéant ; transferts hors UE encadrés.
APILe moins de données personnelles possibleLa maîtrise du système est « quasi exclusivement » chez le fournisseur : contrat et transferts hors UE à examiner.
Sur vos serveursDonnées personnelles, documents sensibles ou stratégiquesMode à privilégier pour ces données, au prix d’une installation et d’une exploitation plus coûteuses.

Le lieu du serveur ne règle pas tout. La CNIL cite deux situations où des données peuvent sortir de l’Union : une infrastructure hébergée hors de l’UE, ou opérée par un fournisseur non européen. Le transfert doit alors être encadré (chapitre V du RGPD). Le Cloud Act américain, en vigueur depuis le 23 mars 2018, pose une autre question : il oblige un fournisseur soumis au droit américain à remettre, sur réquisition des autorités américaines, les données qu’il détient ou contrôle, qu’elles soient stockées aux États-Unis ou ailleurs (18 U.S.C. § 2713). De son côté, le RGPD ne permet de reconnaître ou d’exécuter une telle décision étrangère que si elle repose sur un accord international (article 48).

La souveraineté se joue donc sur trois points : la juridiction du fournisseur, le lieu d’hébergement et le modèle lui-même. Pour sécuriser l’architecture, la CNIL renvoie aux recommandations de l’ANSSI pour un système d’IA générative, publiées le 29 avril 2024.

Qui vérifie ce que l’IA produit

Un modèle d’IA générative produit la réponse statistiquement la plus probable, pas une vérité. La CNIL rappelle qu’il peut générer des résultats inexacts « qui peuvent, pourtant, paraître plausibles ». Le niveau de contrôle dépend donc de ce que la réponse décide.

Aide à la rédaction interne

Résumer, traduire, rédiger un brouillon

Critère

Aide à la décision sur des personnes

Clients, candidats, salariés

MoindreRisque selon la CNILPlus élevé : exigence plus haute sur le système, l’approche et le mode de déploiement
Relecture par l’auteur, jamais de copie telle quelleVérificationUne intervention humaine réelle, capable de changer la décision
Règles générales du traitementRGPDArticle 22 : pas de décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé et produisant des effets juridiques, sauf exceptions
Risque minimal, pas d’obligation propreAI ActHaut risque possible à partir du 2 décembre 2027 (tri de candidats, octroi de crédit)

Aide à la rédaction interne · Votre cas si

Vos équipes produisent des contenus qu’elles relisent avant tout usage.

Aide à la décision sur des personnes · Votre cas si

La réponse de l’outil oriente un choix qui touche une personne.

D’après les questions-réponses de la CNIL (question 4), l’article 22 du RGPD et le calendrier de l’AI Act, synthèse Agentic Conseil.

Former les équipes, puis piloter dans la durée

Dans le cas général, rappelle la CNIL, c’est l’organisme utilisateur qui engage sa responsabilité si son personnel utilise mal l’IA. D’où la formation : usages interdits, limites de l’outil, vérification des sorties. L’AI Act va dans le même sens : depuis le 2 février 2025, son article 4 demande aux entreprises qui déploient l’IA de prendre des mesures pour la maîtrise de l’IA de leurs équipes. Le calendrier complet et vos obligations de déployeur sont sur la page AI Act : ce qui s’applique à votre PME.

Le pilotage tient en cinq gestes, tirés du même questions-réponses. L’analyse d’impact (AIPD) s’impose avant le traitement quand celui-ci est susceptible d’engendrer un risque élevé pour les personnes, en particulier avec une technologie nouvelle (article 35 du RGPD).

  1. Associer dès le départ

    Le DPO s’il existe, le responsable informatique ou sécurité, les métiers concernés.

  2. Qualifier les rôles

    Le vôtre et celui du fournisseur : contrat de sous-traitance, transferts hors UE encadrés.

  3. Analyser l’impact

    Une AIPD avant la mise en service quand le risque pour les personnes est élevé.

  4. Contrôler

    Des vérifications régulières du respect de la charte, selon la sensibilité des usages.

  5. Écouter les utilisateurs

    Leur avis sur l’utilité et les limites de l’outil, surtout les premiers mois.

Moins d’un tiers
des organisations ont une charte d’utilisation de l’IA ou ont sensibilisé leurs salariés, alors que 70 % des répondants utilisent ou prévoient d’utiliser l’IA. Enquête DGEFP, AFCDP et CNIL auprès des DPO, publiée le 3 juillet 2026.

Quand l’IA agit : ce que la note sur les agents ajoute

Le 20 juillet 2026, la CNIL et le Conseil de l’IA et du numérique (CIANum) ont publié une note exploratoire sur l’IA agentique. Un agent ne se contente plus de répondre : il accède à plusieurs sources, garde une mémoire d’une tâche à l’autre et agit sur d’autres services. La note y voit un « risque réel de perte de maîtrise » de l’utilisateur sur ses données, et des responsabilités plus difficiles à attribuer entre les acteurs.

Ce n’est pas une recommandation au sens strict : la note propose des voies de conciliation. Ses pistes techniques s’appliquent directement à une PME qui déploie un agent.

Vous
L’agent
Une personne
1

Vous

Ouvrez à l’agent les seules données et services utiles à sa tâche.

2

L’agent

Travaille dans un espace isolé, avec sa propre mémoire, à durée limitée.

3

Une personne

Valide avant exécution les actions classées critiques, comme un envoi hors du système.

Journal et arrêt
Journal et arrêt · En continuTrace chaque tâche : données, agents, services tiers, chronologie. Un bouton d’arrêt l’interrompt à tout moment.
Pistes techniques de la note CNIL et CIANum du 20 juillet 2026 (partie IV), mises en schéma par Agentic Conseil.

La note rappelle aussi que l’intervention humaine doit être réelle : une validation purement formelle ou automatique ne suffit pas à sortir du cadre de l’article 22 du RGPD. Côté AI Act, la Commission précise que les agents ne forment pas une catégorie à part : les règles des systèmes d’IA s’appliquent, dont la transparence depuis le 2 août 2026 quand l’agent échange avec des personnes ou génère du contenu. Droits d’accès, mémoire, chaîne de sous-traitants et journaux sont détaillés dans le guide agents IA et données personnelles.

Deux chantiers sont annoncés : des lignes directrices du CEPD et de la Commission sur l’articulation entre RGPD et AI Act, attendues d’ici fin 2026 selon la note, et des travaux de la CNIL sur l’IA au travail et en santé, à finaliser en 2026 selon son programme du 7 avril 2026.

Deux cas réels

Deux systèmes réels appliquent ces décisions : droits limités, registre des actions et validation humaine des actions irréversibles pour le premier ; envois bloqués tant que la désinscription n’est pas conforme au RGPD pour le second.

Notre infrastructure

Un orchestrateur d’agents IA en production, supervisé

Point de départ : Plus d’agents, des sessions qui se marchaient dessus, des coûts mal maîtrisés et des erreurs silencieuses.

  1. OrchestrateurDécoupe chaque demande et la confie à 12 agents spécialisés, aux droits limités.
  2. Chaîne automatiqueInscrit chaque action dans un registre, surveille les échecs chaque jour et propose un correctif testé.
  3. HumainValide achats, mises en ligne et actions irréversibles ; budget API plafonné.
16 sur 16erreurs détectées et résolues entre le 17 juillet et le 7 août 2026
  • Claude Code
  • n8n
  • GitHub Actions
  • VPS

Vos données : une IA souveraine, de bout en bout

Sur chaque mission, le trajet de vos données est dessiné avec vous au cadrage et documenté à la livraison.

Votre système

Vos outils

CRM, messagerie, documents

Modèle d’IA

Modèle européen, hébergé en Europe, ou sur vos serveurs, choisi avec vous au cadrage.

Votre équipe

Valide ce qui engage l’entreprise

  • Aucune réutilisation de vos données pour l’entraînement
  • Journaux conservés six mois
  • Le système vous appartient
Le trajet de vos données sur une mission Agentic Conseil.

Vos données

Ce que l’IA voit
Seulement les données nécessaires à sa tâche, décidées avec vous au cadrage.
Où partent les données
Vers un modèle européen, hébergé en Europe, ou sur vos serveurs, choisi au cadrage. Jamais chez un fournisseur soumis au Cloud Act sans votre accord.
Durée de conservation
Journaux conservés six mois, puis supprimés.
Souveraineté
Fournisseur, hébergement et modèle choisis avec vous au cadrage ; chaque livrable documente le trajet de vos données.
À qui appartient le système
À vous : code, accès et documentation.

Les guides de ce dossier

  1. Un agent IA peut-il traiter des données personnelles ?Droits d’accès, mémoire, sous-traitants, journaux : ce qui change quand l’IA agit.
  2. Que vous impose l’AI Act, et à quelle date ?Calendrier, rôle de déployeur, niveaux de risque, en France, au Luxembourg et en Belgique.
  3. ChatGPT, Copilot, Claude, Gemini, Le Chat : que deviennent vos données ?Comparatif daté des offres. À paraître.
  4. Où faire tourner l’IA d’une PME : offre américaine, hébergeur européen ou vos serveurs ?IA souveraine et modèle installé en local. À paraître.
  5. Quelle charte IA pour des équipes qui utilisent des agents ?Un modèle de charte qui couvre les agents. À paraître.

Sources

Questions fréquentes

L’IA en entreprise est-elle compatible avec le RGPD ?
Elle peut l’être, à condition de traiter un projet d’IA comme tout traitement de données personnelles : un usage défini, des données limitées au nécessaire, un contrat avec le fournisseur qui les traite, des personnes informées. La CNIL le rappelle : le RGPD s’applique à l’IA comme au reste.
Peut-on saisir des données clients dans ChatGPT ?
Pas dans un service grand public : la CNIL recommande de n’y saisir ni données personnelles ni informations confidentielles. Avec une offre sous contrat ou une API, la réponse dépend du contrat (réutilisation des données, sous-traitance, transferts hors UE) et se tranche avant le premier usage, en limitant les données au nécessaire.
Faut-il une analyse d’impact (AIPD) pour un projet d’IA ?
Quand le traitement est susceptible d’engendrer un risque élevé pour les personnes, en particulier avec une technologie nouvelle (article 35 du RGPD). Elle se fait avant la mise en service. La CNIL recommande d’associer le DPO et, le cas échéant, de la réaliser.
Héberger l’IA en Europe suffit-il pour la souveraineté ?
Pas toujours. La CNIL cite, parmi les cas où des données peuvent sortir de l’Union, une infrastructure opérée par un fournisseur non européen. Et le Cloud Act oblige un fournisseur soumis au droit américain à remettre les données qu’il contrôle, même stockées hors des États-Unis. La juridiction du fournisseur compte autant que le lieu du serveur.
Qu’est-ce qu’une IA souveraine pour une PME ?
Une IA dont vous maîtrisez trois niveaux : un fournisseur européen non soumis au Cloud Act, un hébergement en Europe ou sur vos serveurs, et un modèle open source quand les données sont sensibles. Le niveau se choisit au cadrage, selon vos données.
Un agent IA pose-t-il d’autres questions que ChatGPT ?
Oui : il agit au lieu de répondre. Il lit plusieurs outils, garde une mémoire et appelle d’autres services. La note CNIL et CIANum du 20 juillet 2026 propose d’en limiter les accès, de cloisonner sa mémoire, de le faire tourner dans un environnement isolé, de valider les actions critiques et de prévoir un bouton d’arrêt.
Qui est responsable si l’IA se trompe ?
En règle générale, l’entreprise qui l’utilise : la CNIL rappelle que l’organisme utilisateur engage sa responsabilité en cas de mauvaise utilisation de l’IA par son personnel. D’où la vérification humaine des sorties et la formation des équipes.
L’AI Act remplace-t-il le RGPD ?
Non : les deux s’appliquent ensemble. L’AI Act encadre les systèmes d’IA selon leur niveau de risque, le RGPD les données personnelles qu’ils traitent. Le CEPD et la Commission préparent des lignes directrices sur leur articulation, attendues d’ici fin 2026 selon la CNIL.
Comment gérer le risque de Shadow AI dans son entreprise ?
Le Shadow AI, c’est l’usage par vos salariés d’outils d’IA que l’entreprise n’a pas choisis, souvent avec des données confidentielles. Bloquer les accès ne suffit pas : fournissez une offre professionnelle sous contrat, sans réutilisation des données pour l’entraînement, et fixez les règles dans une charte d’usage.
Faut-il rédiger une charte d’utilisation de l’IA pour ses salariés ?
Aucun texte ne l’impose en tant que telle, mais elle est fortement recommandée : elle fixe les outils autorisés, interdit la saisie de données personnelles sensibles et répartit les responsabilités. Elle aide aussi à démontrer la maîtrise de l’IA exigée par l’AI Act (article 4) depuis le 2 février 2025. Si elle complète le règlement intérieur, elle suit la même procédure (article L1321-5 du Code du travail).
AppelerLudovic Bobée
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